L'observation anatomique se révèle être un inépuisable champ de recherches offrant des formes et des matières insoupçonnées. Parfois les éléments observés amènent à en imaginer d'autres tout aussi organiques. L'abstraction des formes et des motifs nous conduit sur un terrain entre réalité et fiction, entre présence et absence.

Caché pour mieux être révélé

Antoine Charbonnier se laisse transporter selon ses envies et les contraintes qui orientent son travail vers un médium plutôt qu'un autre. Tantôt la peinture, la sculpture ou encore la photographie prennent corps et investissent l'espace. Toute une relation entre le voir et le toucher s'instaure.

A l'intérieur d'un dispositif aux allures de laboratoire, les œuvres se font écho et se complètent dans une harmonie corps-nature.

« Les formes que je développe s'enlacent mutuellement dans un ensemble dynamique, laissant place à des imaginaires qui côtoient les limites du fantastique. Certaines configurations rappellent les coupes transversales observées sur les planches des atlas anatomiques comme celles d'André Vésale, qui offrent une variété de couleurs et de matières qui ne peuvent rester inertes. Témoin d'une attention presque clinique, je propose des correspondances entre le règne végétal, fantasmagorique et l'anatomie corporelle. »


De l'art, entre fiction et réalité

Après l'Ecosse, la Chine, la Grèce, c'est à Nevers, au Palais ducal que se sont croisés, vendredi dernier (6 juillet 2018) les amateurs d'art et les oeuvres d'Antoine Charbonnier lors du vernissage de cette exposition entre réalité et fiction. 

Antoine Charbonnier a étudié l'art contemporain à l'Ecole Supérieure d'Art de Clermont-Ferrand et est titulaire d'un diplôme national d'arts plastiques et d'un certificat d'études supérieures d'expressions plastiques. Ce jeune artiste neversois éclectique, talentueux, observateur et précis, attise la curiosité et présente un travail réfléchi et abouti de l'observation anatomique. 

L'artiste s'interroge, explore différents champs, suggère et met en scène des observations dans la nature ou au microscope sous forme de peintures, sculptures ou photographies qui attirent le regard sur un ensemble formel organique prenant corps dans des oeuvres empreintes de fragilité. Chacun pourra librement admirer ce travail de recherche et d'expérimentation, offrant une variété de couleurs et de matières, grâce à plusieurs expositions sur matériaux et techniques différentes ainsi que des installations grands formats, à la galerie Fernand Chalandre du palais ducal. 

Rédaction: Le Journal du Centre, article paru le 10 juillet 2018

Le regard de l'artiste à l'oeuvre dans sa composition

"Dans ce rapport, on peut également penser à de nombreuses œuvres d'Antoine Charbonnier qui "explore différents champs, suggère et met en scène des observations dans la nature ou au microscope sous forme de peintures, sculptures ou photos (mais aussi de films expérimentaux) qui attirent le regard sur un ensemble formel prenant corps dans des œuvres empreintes de fragilité".  Usant du microscope et des objectifs d'appareils photos ou de caméras, il n'a de cesse d'inverser les rapports de proportion. Il fait apparaître en grand format ce que nos yeux décèlent à peine et met à jour des lignes, des courbes, des mouvements, une vie insoupçonnée qui révèlent par analogie l'extraordinaire proximité entre l'humain et le végétal. Un moyen de ramener l'homme à la nature, à son environnement et de lui rappeler sa condition d'être vivant. On peut à cet effet citer par exemple, Corpus (2016-2018), installation acrylique, encre et huile sur polyane avec armatures en bois, dont le support translucide permet d'exploiter plusieurs points de vues, des cellules de notre organisme, proposant ainsi une vision microscopique de notre corps: Naevi (2018), ensemble de 10 peintures à l'huile sur papier qui explore une manifestation dermatologique plus connue sous le nom de grain de beauté: Membranes (2015), film expérimental d'1'30 qui suit les mouvements d'organes sous la peau ou encore Transfert (2015) impressions par trichloréthylène sur papier où il s'agit de montrer des cellules d'un corps nu photographié à haute intensité lumineuse de manière à faire apparaître un paysage abstrait. 

Nombre de ses installations sont agencées de manière à donner une dimension haptique à la représentation". Toutes une relation entre le voir et le toucher s'instaure. A l'intérieur d'un dispositif aux allures de laboratoire, les pièces se font écho et se complètent dans une harmonie corps-nature" 


Brigitte Saint-Georges

Extrait de journée d'étude "De la prolifération des regards à l'en-deça et à l'au-delà du visible" Le regard de l'artiste à l'oeuvre dans sa composition, 2019